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Diplôme de citoyenne d'honneur du Val de Somme

Félicie Obert de Thieusies 

Marquise de Lameth

Portrait de la marquise de Lameth dans 
La fête patriotique de la commune d'Hénencourt 
par le vicomte Oscar de Poli

Félicie de Lameth, une marquise engagée dans la guerre de 1870

Née à Mons le 4 janvier 1818, Félicie Obert de Thieusies est issue d’une famille de la noblesse du Hainaut. En 1839, elle épouse Baudouin de Lameth et devient ainsi marquise de Lameth. Le couple s’installe au château d’Hénencourt, où Félicie donne naissance à deux fils : Henri Baudoin, né en 1840, et Alfred, né en 1842.

Lorsque son époux décède en 1867, leur fils aîné, Henri, devient marquis de Lameth et reprend les activités de son père. De son côté, Félicie s’investit particulièrement dans l’éducation des jeunes filles d’Hénencourt. Elle met à disposition des locaux et contribue au financement de l’institutrice libre installée dans la commune, témoignant déjà d’un engagement important dans la vie locale.

Une famille mobilisée en 1870

À l’été 1870, la guerre franco-prussienne éclate. Après la défaite de Sedan et la chute de Napoléon III, les deux fils de Félicie de Lameth choisissent de poursuivre le combat contre les forces prussiennes.

Henri prend la tête d’une unité de francs-tireurs, les « Éclaireurs de la Somme », tandis que son frère Alfred, comte de Lameth, commande les mobilisés du canton de Corbie. Tous deux participent aux combats menés dans la Somme et prennent part aux efforts de l’Armée du Nord, organisée à partir de l’automne 1870 pour poursuivre la lutte sur le territoire français.

Pendant que ses fils sont engagés sur le front, Félicie joue elle aussi un rôle dans l’effort de guerre. Elle transforme le château d’Hénencourt en ambulance afin d’y accueillir les soldats malades ou blessés. À travers cette initiative, elle apporte une aide directe aux combattants et participe à sa manière à la mobilisation de la population face au conflit.

De Hénencourt à Baizieux

Après la guerre, Félicie de Lameth poursuit sa vie entre Hénencourt et Baizieux. Dans les années 1880, elle fait construire un nouveau château dans cette dernière commune, où elle passe les dernières années de sa vie. Son fils Henri demeure quant à lui au château d’Hénencourt.

Félicie de Lameth s’éteint le 8 juin 1891, à l’âge de 74 ans. Elle est inhumée dans la chapelle familiale de l’église d’Hénencourt.

Soeur Dorothée Neff

Odile Neff, une religieuse au service des autres

Née le 10 mars 1830 à Hochstatt, dans le Haut-Rhin, Odile Neff est la fille de Thiébaud Neff et d’Anne Rieth, des cultivateurs qui ont six enfants.

À l’âge de 17 ans, Odile choisit de rejoindre la congrégation des Sœurs de la Providence de Portieux, dans les Vosges. Elle entre au noviciat le 26 octobre 1847 et prend alors le nom de Sœur Dorothée Neff. Elle prononce ses vœux le 10 septembre 1853, s’engageant ainsi à consacrer sa vie au service de Dieu et de l’Église.

Formée à l’enseignement des jeunes filles comme aux soins des malades, elle exerce ces deux missions dans différentes communes. En 1849, elle est envoyée à Warhem, dans le Nord, puis retourne dans le Haut-Rhin en 1863, à Wildenstein. En mai 1870, quelques mois avant le début de la guerre, elle arrive à Hénencourt pour y exercer comme institutrice libre.

Aux côtés de la famille de Lameth

À Hénencourt, Sœur Dorothée s’installe dans une maison située à l’angle de la rue du Château et de la rue Neuve, propriété de la famille de Lameth. Elle y dirige l’école destinée aux jeunes filles, créée dans la commune dès les années 1840 et soutenue financièrement par la famille de Lameth.

Lorsque la marquise de Lameth ouvre une ambulance au château à l’hiver 1870, Sœur Dorothée en prend la direction. Son expérience dans le soin aux malades et aux blessés trouve alors une nouvelle application, dans le contexte particulièrement difficile de la guerre. Elle seconde le docteur Périn, médecin de la commune, dans la prise en charge des soldats malades et blessés accueillis à l’ambulance.

Choisir de rester française

La fin du conflit bouleverse également la vie personnelle de Sœur Dorothée. En 1871, la France cède l’Alsace-Lorraine à l’Empire allemand. Originaire du Haut-Rhin, elle se retrouve confrontée à un choix difficile : retourner dans sa région natale et devenir ressortissante allemande, ou rester en France et renoncer à la possibilité de rentrer chez elle.

Elle choisit de rester à Hénencourt et de conserver la nationalité française. Elle poursuit alors sa mission d’institutrice libre auprès des jeunes filles de la commune.

Sœur Dorothée Neff s’éteint le 6 mai 1882. Elle est inhumée dans le cimetière d’Hénencourt.

Statue esperance

Statue de "l'espérance" à Hénencourt.
Elle commémore les combattants de 1870 vivant dans la commune. On y retrouve le nom des deux infirmières.

Deux femmes au service des blessés.

La marquise met son château à disposition pour y installer une ambulance ; Sœur Dorothée en assure la direction et apporte son expérience dans le soin. L’une comme l’autre participe ainsi, à leur manière, à l’effort de secours aux combattants.

Leurs noms sont aujourd’hui réunis sur le « Monument de l’Espérance », situé à proximité de l’église d’Hénencourt. Ils sont accompagnés de la mention « décorée de la Croix de Genève », qui témoigne de la reconnaissance accordée à leur engagement auprès des blessés du conflit de 1870-1871.

À travers ces deux femmes, c’est ainsi une autre histoire de la guerre qui se dessine : celle de celles et ceux qui, loin des champs de bataille, ont ouvert leurs portes, soigné les blessés et contribué à soulager les souffrances provoquées par le conflit.

Une journée d'hommage à Hénencourt

Le 9 mai, la commune d’Hénencourt a souhaité rendre hommage à Félicie de Lameth et à Sœur Dorothée Neff, deux femmes qui se sont engagées auprès des soldats blessés et malades durant la guerre de 1870-1871. Cette journée a permis de revenir sur l’histoire du conflit dans le Val de Somme, de mettre en lumière le rôle des ambulancières et de rappeler l’engagement de la Croix-Rouge dans le secours aux combattants.

Après une présentation historique et une visite du cimetière d’Hénencourt, un hommage a été rendu à la statue de « l’Espérance ». La journée s’est achevée par un moment particulièrement symbolique : la remise à titre posthume de la distinction de citoyennes d’honneur du Val de Somme à Félicie de Lameth et à Sœur Dorothée Neff, en reconnaissance de leur engagement et de leur dévouement.

Remise diplôme